Député de la 1ère circonscription de Loir-et-Cher

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Le mot du député

28 février 2015

Avancer, malgré tout

Des attentats coordonnés : contre Charlie et ses dessinateurs et chroniqueurs, symboles s’il en est, de la liberté d’expression. Contre une policière parce qu’elle était policière. Contre des Juifs parce qu’ils étaient juifs. Après Mehrah qui avait tué en mars 2012 à Toulouse et Montauban quatre militaires français parce qu’ils étaient militaires et pour trois d’entre eux d’origine maghrébine puis un enseignant et trois enfants dans une école juive. Après l’attentat qui a tué quatre personnes le 24 mai 2014 au musée juif de Bruxelles. Avant les mitraillages d’une réunion autour d’un dessinateur de presse puis d’une synagogue de Copenhague, au Danemark, samedi14 février.

Une réponse magnifique. Le 11 janvier un million quatre cent mille personnes ont défilé à Paris, trois millions sept cent mille en France, plus que jamais dans notre histoire. Dix-sept mille personnes à Blois mais aussi, le 11 ou les jours précédant, des rassemblements ou défilés dans presque toutes les communes : cent cinquante à Candé sur Beuvron, dans la cour de l’école, autant à Pontlevoy, plusieurs milliers samedi 10 à Vineuil, mille cinq cents à Montrichard… Avec une seule réponse à la haine et la terreur : la République et sa fraternité.

J’entends parfois critiquer l’attitude des musulmans de France. On se plaint qu’ils n’auraient pas été assez présents. Mais je sais qu’à Blois l’extrême droite critiquait à haute et intelligible voix la présence des représentants des mosquées derrière le préfet. Surtout quels gages devraient-ils donner ? Au nom de quelle prétendue responsabilité collective ? Et plus fondamentalement, réfléchissons ensemble à l’analyse d’Olivier Roy, spécialiste de l’islam politique, mondialement reconnu. Dans son dernier livre, « En quête de l’orient perdu » (Seuil, octobre 2014), un livre d’entretiens, il répondait : « En comparant Al-Qaïda à des organisations comme la gauche prolétarienne en France dans les années 1970, je savais de quoi je parlais : je voyais en effet très bien la logique de radicalisation et de folie qui peut régner dans un milieu de jeunes en rupture de ban. Pour comprendre le cheminement qui peut conduire à Al-Qaïda, je n’ai jamais pensé que je devais chercher les causes du coté du Coran. Le Coran est ici une hypothèse inutile, qui ne mène à rien ou qui égare. Pourquoi ce serait seulement dans les années 1980, quatorze siècles après la Révélation, que terroristes et experts découvriraient soudain une justification théologique du terrorisme que personne n’avait remarquée jusqu’ici ? » (p. 250). Mais si l’islam n’est pas en cause, ce n’est pas pour autant renoncer à combattre ceux qui l’instrumentalisent pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas, pour recruter des jeunes fascinés par une violence parée d’une fausse légitimité. Ce n’est pas davantage refuser de mettre en œuvre tous les moyens tant en termes de prévention que de répression pour lutter contre la réitération de ces crimes.

Donc, le projet Macron a été adopté au 49-3. Aucun rapport avec le 11 janvier car qui pourrait ou voudrait croire qu’à la faveur d’une manifestation de fraternité nous serions tous devenus d’accord sur ce qu’il faudrait faire en matière économique et sociale ?

Cette loi je l’aurais votée. Non que je sois d’accord avec chacun de ses quelque deux cents articles. Plusieurs me heurtent même. Je ne l’aurais pas votée seulement parce que je rapportais un cinquième de ses articles. Pas davantage, même si c’est vrai, parce qu’entre la commission spéciale et l’hémicycle près d’un millier d’amendements ont été adoptés, au point qu’on a pu, sans exagérer, parler d’une co-production législative entre le gouvernement et l’Assemblée. Pas non plus, même si cela m’a soulagé, parce que « l’avocat d’entreprise » n’a pas survécu à la Commission. Ni même parce que satisfaction m’a été donnée par le retrait de ce qui dans la réforme prud’homale pouvait faire penser à un début d’échevinage. Et ne croyez pas que j’aurais succombé au charme du ministre. Il a quand même fallu que je dise à deux journalistes que le problème ne me semblait pas être de savoir si j’étais amoureux d’Emmanuel Macron pour qu’on puisse enfin parler, un peu, du contenu de son projet.

Je l’aurais votée parce que le socialisme n’est pas incompatible avec la recherche de l’efficacité économique même si ce n’est pas à n’importe quel prix. Parce que la concurrence n’est pas un mot grossier même si elle est un moyen et non une fin. Il n’était donc pas incongru de l’appliquer aux professions réglementées, aussi anciennes et respectables qu’elles soient, sous réserve de s’assurer du maintien de la nécessaire couverture du territoire. Parce que faire en sorte que les jeunes puissent passer plus rapidement et pour un coût moindre leur permis est important. Parce que le projet renforce les moyens de contrôle et la répression du détachement international illicite et du travail dissimulé. Parce que les participations de l’Etat doivent pouvoir faire l’objet d’une gestion active. Parce qu’à rebours de ce que je peux lire, et même si je n’étais pas enchanté de passer de cinq à douze jours d’ouverture possible des commerces le dimanche, les travailleurs concernés seront demain mieux rémunérés qu’aujourd’hui. Parce que la loi devant être claire, y compris quand elle s’applique à des employeurs, il était légitime de légiférer sur la fixation du périmètre de l’ordre des licenciements. Et parce que la loi ne pouvant être un piège, il fallait préciser les moyens à considérer par l’administrateur ou le liquidateur d’une entreprise en redressement ou liquidation judiciaire pour établir un plan de sauvegarde de l’emploi. Parce que le socialisme ce n’est pas raconter des histoires. Parce que vouloir changer le monde c’est affronter la société telle qu’elle est et pas comme on voudrait qu’elle soit.

Je n’ai pourtant abjuré aucune de mes analyses. De mon poste de rapporteur j’ai redit que les difficultés à l’embauche s’expliquaient non par des effets de seuils sociaux mais bien par une insuffisance de la demande et de l’investissement. Je ne crois pas que les désaccords au sein du groupe comme du parti socialiste soient l’expression de garnements en récréation. Et pas davantage que la discipline soit la force du parlement. Et si je pense que notre Président et son Premier ministre ont le droit d’utiliser les moyens que leur donne la Constitution de la cinquième République, il est urgent de mettre en place la sixième.

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Sécurisation des emplois et des parcours professionnels

Le 30 janvier dernier, j’ai été nommé responsable du volet « droit du travail » du projet de loi qui aura pour objet de transposer dans notre code du travail les décisions prises par les partenaires sociaux sur la sécurisation des parcours professionnels. Jean-Marc Germain en sera le rapporteur.